Portrait de Jean de Montaigu (Coll. Gaignières, BnF, Paris)

Portrait de Jean de Montaigu (Coll. Gaignières, BnF, Paris)

Quand Charles VI prend le pouvoir en 1388, il fait appel à d’anciens conseillers de son père, les Marmousets. Choisis par le roi, ces hommes, unis par des liens de solidarité, ont pu accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat. Parmi eux, Jean de Montaigu, chargé des finances royales et grand maître de l’Hôtel du roi, voit sa puissance et son influence croître jusqu’à son exécution par les Bourguignons en 1409.

Devise de Jean de Montaigu, la feuille de courge (Coll. Gaignières, BnF, Paris)

Devise de Jean de Montaigu, la feuille de courge (Coll. Gaignières, BnF, Paris)

L’ascension de Jean de Montaigu se manifeste à travers l’acquisition d’hôtels parisiens où il se livre à des aménagements fastueux. Bénéficiant de la protection et de la confiance du roi, animé d’un ardent désir de promotion sociale, il investit dans les œuvres d’art, les produits de luxe et adopte une devise personnelle, la feuille de courge, afin d’obtenir la reconnaissance des puissants du royaume.

Gravure du château de Marcoussis, XVIIIe siècle

Gravure du château de Marcoussis, XVIIIe siècle

Son père ayant été anobli en 1363, Jean de Montaigu fait construire, à Marcoussis, un somptueux château et fonde un monastère de célestins dont l’ordre est intimement lié à la royauté. Toujours par référence royale, il reprend, pour son château, le parti du Louvre et surtout de la Bastille dont il avait été le gouverneur. Le chantier rapidement conduit débute vers 1401 alors que Jean de Montaigu est au faîte de sa puissance. Surpassant les résidences royales par sa magnificence et sa beauté, il eut vraisemblablement pour architecte Jean Guérard qui œuvra pour le duc de Berry dont Jean de Montaigu était proche.

Vierge à l'enfant de Marcoussis par Jean Roupy

Vierge à l’enfant de Marcoussis par Jean de Roupy

L’église paroissiale de Marcoussis, dont Jean de Montaigu rebâtit le chœur de 1402 à 1408, conserve une grande statue de marbre de la Vierge et l’Enfant. D’une impressionnante monumentalité, elle a été exécutée par Jean de Roupy, dit Jean de Cambrai, imagier du duc de Berry depuis 1396 et offerte par ce dernier à l’occasion de la consécration de l’église en 1408.

Tombeau de Jean de Montaigu

Tombeau de Jean de Montaigu (Coll. Gaignières, BnF, Paris)

Proche de Louis d’Orléans et de Jean de Berry, il échange avec eux nombre de présents comme le veut le rite princier. L’attrait de Jean de Montaigu pour les objets de luxe, les soupçons de détournement du trésor royal qu’il finit par s’attirer vont provoquer sa perte. Lorsque le duc de Bourgogne Jean sans Peur prend possession de la capitale en 1408, il voit en Jean de Montaigu un représentant du parti adverse. Sa brusque ascension sociale et son engagement auprès de ses ennemis font de lui un obstacle. Décapité en 1409 puis exhibé au gibet de Montfaucon jusqu’en 1412, date de sa réhabilitation, Jean de Montaigu repose dans le tombeau que son fils Charles fit construire dans l’église du monastère des célestins à Marcoussis.

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Sources:

_ Paris 1400. Les arts sous Charles VI, catalogue d’exposition, Fayard-Réunion des musées nationaux, Paris, 2004

_ Plagnieux, Ph., Jean de Montaigu ou la résistible ascension d’un parvenu à la lumière des arts, dans « La création artistique en France autour de 1400 », Taburet-Delahaye, E.,(dir), Paris, Ecole du Louvre, 2006, p. 103-118

_ Merlet Lucien, « Biographie de Jean de Montaigu », 1852, site gallica bnf.fr